Une fois n’est pas coutume, je vous livre mes états d’âme. Quand l’imprévu du confinement se mêle au projet de reconversion professionnelle d’une vie, comment garder le cap ? Voici l’histoire de mes hauts et mes bas, et les raisons qui me permettent d’aller de l’avant.

Ma reconversion est un joker offert par la vie

Ma reconversion professionnelle, c’est ma passion, mon rêve, ma deuxième chance. C’est la porte de sortie du salariat, un  joker offert par la vie. Je suis née avec mon tempérament créatif et j’ai toujours prisé les activités manuelles. Pourtant, la raison et les concours de circonstances ont fait que j’ai opté en première partie de carrière vers un métier classique.

Puis ma personnalité authentique m’a rattrapée. Pour me sentir entière, j’avais besoin de créer. Je voulais vivre de ma passion pour vivre avec passion. Confucius a dit : « Choisis un travail que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie ». Ô combien j’adhère à cette maxime.

De l’idée au saut dans le grand bain : la période de transition

Concevoir mon projet idéal m’a demandé environ deux ans deux ans de préparation, en marge de mon travail à plein temps. Il y a eu les moments excitants, comme ma période de formation aux perles de verre, le dessin de mes modèles de bijoux haute-fantaisie, la recherche de l’originalité, du raffinement et de la poésie. Il y a eu aussi les moments nécessaires, à plancher sur des tableaux de chiffres ou des formulaires juridiques. Puis j’ai sauté dans le grand bain : j’ai quitté mon entreprise et démarré la production des mille-deux-cent perles de ma collection origine.

Bref, tout était quasiment prêt pour lancer la collection origine ce printemps, lorsque la crise sanitaire a pointé le bout de son nez. Le projet était ficelé au mieux, et pourtant… un virus inattendu s’est insinué entre les mailles du filet.

Le confinement : quitte ou double, ou rien ne va plus ?

J’ai la chance d’avoir un atelier à domicile, ce qui me permet de continuer à produire mes perles de verre. L’artisan qui produit mes pièces en métal, a lui été mis en chômage technique. Des fournitures que j’attendais d’Italie sont toujours en attente dans un entrepôt italien. Des attaches de boucles d’oreille m’attendent sagement dans un relais colis fermé par obligation à un petit kilomètre de chez moi. Les jolies boîtes que j’ai fait réaliser pour emballer vos futurs beaux bijoux sont… quelque part. Le shooting de la collection est repoussé jusqu’à nouvel ordre. Tous les partenaires que j’ai contactés m’annoncent qu’ils sont en bonne santé, c’est déjà ça !

Puis il a aussi fallu organiser l’école à domicile, inventer les recettes sans farine, accepter un enfermement qui se prolonge. L’annonce des prolongations au 11 mai minimum a marqué un tournant. Mettre en pause d’un coup le lancement de ma première collection alors que l’émulation était à son comble m’a fait la sensation d’un grand coup de mou, d’une pause forcée alors que le projet était à deux doigts de la finalisation ! Pour meubler le temps perdu, il a fallu improviser.

croquis confinement

De l’importance d’être bien entourée

J’ai beau avoir d’ordinaire un moral d’acier, j’ai, comme toute personne, mes faiblesses. En phase préparatoire de projet, j’ai passé énormément de temps à prévoir toutes les éventualités possibles. Etre d’un coup rattrapée par des événements autant imprévisibles qu’incontrôlables m’a fait un drôle d’effet.

A ce moment-là, être bien entourée a été salutaire. Ma famille autant que mes amis et partenaires ont été là pour me remonter le moral, me dire que tout n’était que partie remise. J’étais si proche du but. Le contact de toutes ces personnes bienveillantes m’a permis d’accepter l’inévitable. De comprendre que seul le présent et les êtres qui nous entourent comptent vraiment. Après tout, est-ce grave que de ne rien faire, parfois ?

maquettage de bijou

Un imprévu somme toute pimenté de joies

Plus de délai, plus de certitude. Mais plus de temps pour réfléchir, se reposer. Laisser de la place à quelques loisirs, comme apprivoiser la machine à coudre ou faire un magnifique puzzle Michèle Wilson. Enseigner des recettes de cuisine aux enfants. Finir un magazine. Jouer avec le chat. Penser à des thèmes de stages d’initiation que je pourrais proposer. Et puis j’en ai profité pour créer de nouvelles perles uniques pour la collection automne-hiver – oui, déjà ! Je me suis mise à passer aussi plus de temps sur les réseaux sociaux. C’est captivant de construire une communauté ! J’ai fait la connaissance – virtuelle – de quelques personnes très sympathiques et intéressantes. Rien de tel qu’un peu d’humanité en cette période étrange.

Au final, le temps perdu s’est transformé en temps de création

Au final, peu importent la désorganisation actuelle, le temps perdu, les charges qui s’accumulent. Ce ne sont que des contingences matérielles. Ce n’est d’aucune importance face à la santé publique et au projet d’une vie.

Alors voilà ce que je me dis pour aller de l’avant. Je suis fière de mon projet et je suis fière de me positionner en tant que créatrice française. Je suis fière de tout le chemin déjà parcouru pour atteindre mon projet idéal : créer une collection de bijoux oniriques. Des bijoux originaux fabriqués en France, répondant aux critères éthiques d’une mode responsable.

Le temps perdu s’est transformé en temps gagné. J’ai créé de nouvelles perles, fait la connaissance de personnes sympathiques sur les réseaux sociaux,  réfléchi aux thèmes de mes futurs stages. Une leçon à retenir de ce confinement surprise ? Carpe diem. Mais juste ce qu’il faut.

preloader